Le crédit immobilier bat des records

Selon les chiffres communiqués par la Banque de France, le seuil symbolique des 1000 milliards d'euros a été franchi en novembre dernier. L'encours des crédits immobiliers n'avait jamais atteint de tels sommets. En cause, des taux d'intérêt toujours aussi bas, boostés notamment par la politique monétaire de la BCE, et une guerre des prix féroce que se livrent les banques pour attirer de bons clients.

Plus de 1003 milliards d'euros d'encours

Les données datent de novembre 2018 et proviennent directement de la Banque de France. À cette date, l'encours des crédits immobiliers s'établissait à 1003 milliards et 163 millions d'euros. Jamais l'institution monétaire n'avait connu un tel record depuis qu'elle publie ces statistiques en avril 1993. Cet encours a été multiplié par trois depuis janvier 2003 où il dépassait à peine les 300 millions. Ce phénomène s'explique tout d'abord par la politique monétaire actuelle de la Banque Centrale Européenne (BCE) dont les taux restent très bas. Son taux de refinancement est ainsi toujours à 0, celui de facilité de prêt marginal à 0,25 % et le taux de facilité de dépôt est à -0,4 %. Dans ces conditions, les taux d'intérêt immobiliers renouent avec leur plus bas niveau historique de décembre 2016 et janvier 2017 pour s'établir à 1,50 % en moyenne en novembre 2018. Les ménages, même les plus modestes, sont donc plus nombreux à pouvoir s'endetter et les sommes empruntées sont de plus en plus importantes.

Une concurrence bancaire qui ne profite pas à tout le monde

Même si la rentabilité est faible, les banques maintiennent ces taux plancher afin de conserver leur part de marché, et pour fidéliser des clients, le crédit immobilier étant considéré comme un produit d'appel. Aucune augmentation des taux d'intérêt n'est donc prévue à court terme, au moins pour les bons profils. Certaines banques ont en effet légèrement remonté leurs barèmes de taux, mais ne les appliquent pas aux « bons » clients. Car si le taux d'intérêt est très bas, le taux d'usure l'est aussi et joue en défaveur des clients les plus modestes comme l'explique Jérôme Robin, président de Vousfinancer au Figaro : « Nous sommes dans un cercle vicieux : comme le taux d'usure est très bas, certains dossiers ne passent plus. Donc le taux qu'ils auraient dû obtenir n'est pas pris en compte dans le calcul du taux d'usure qui se base donc uniquement sur les meilleurs dossiers qui obtiennent les taux les plus bas ». La question est d'autant plus cruciale en ce début d'année 2019 où l'essentiel des renégociations de prêts a déjà eu lieu et où les prix de l'immobilier repartent à la hausse. Par ailleurs, une étude publiée par la Fédération bancaire française révélait récemment que 16 % des sondés estiment que la charge de remboursement de leur crédit était trop élevée en 2018. Autre chiffre intéressant qui devrait inciter les banques à la prudence, la proportion de ménages souhaitant souscrire un nouveau crédit immobilier est passée de 5 % en 2017 à 4,2 % en 2018.  

Et en 2019 ?

Tout porte à penser que le record d'encours établi en novembre 2018 ne sera pas battu en 2019 et que les Français vont moins s'endetter que l'année dernière. « Le volume de crédits délivrés pourrait baisser jusqu'à 30 milliards d'euros », avance Philippe Taboret, DG adjoint de Cafpi au Figaro. 

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