Les lourdes conséquences sociales de la flambée des prix...

Henry Buzy-Cazaux, président de l'Institut du Management des Services immobiliers, tire la sonnette d'alarme : l'envolée des prix dans les grandes villes limite de facto l'accès au logement des jeunes, des familles monoparentales, voire désormais de nombreux couples avec enfants...Tribune.

Les notaires d’Ile-de-France auront été les derniers à prendre la parole avant la trêve d’été, pour s’inquiéter une fois encore de l’augmentation rapide des prix dans la capitale et alentour. Sans aucun doute les dossiers de rentrée des magazines économiques s’attarderont-ils sur ce problème crucial, en demandant aux experts comment enrayer ce mécanisme fou qui s’emballe depuis plusieurs années, non seulement à Paris et ses couronnes, mais dans toutes les grandes villes du pays. Les commentaires portent en général sur le lien entre la cherté tendancielle des prix et la difficulté d’acheter. Ils mettent en avant la quasi disparition des primo-accédants, ou encore le taux d’effort majoré des ménages dans ces circonstances, avec pour corolaire l’allongement de la durée des crédits. Bien sûr, on se réjouit au passage des taux d’intérêt trus bas, qui permettent à beaucoup d’acquérir quand même.

Certes, en première approche, il est normal de déplorer le plus grave de tous les maux, qui consiste à rendre la ville exclusive et non accueillante pour celles et ceux qui veulent y vivre. L’idéal de "la ville pour tous", pour reprendre le titre de l’essai de Robin Rivaton, l’économiste de qui l’on dit qu’il a l’oreille du Président de la République. Le deuxième mal, qui affecte par ricochet l’économie du pays dans son ensemble, est bien que le reste à vivre des emprunteurs ne cesse de se réduire, péniblement sauvegardé par les taux légers : les familles et les individus, une fois payées la mensualité de remboursement du prêt et les charges de copropriété, n’ont plus de quoi faire tourner la machine économique, c’est-à-dire consommer autant qu’ils le souhaiteraient. Les Américains ont une expression concise plus éclairante que toutes les circonlocutions : les accédants sont des house poor. Après avoir acheté leur maison ou leur appartement, ils n’ont plus de quoi la meubler ni manger à leur faim. Sans tomber dans le misérabilisme, il est certain que les accédants, de façon durable après leur acte d’achat, dès lors que l’inflation des revenus est faible et les évolutions de carrière plus lentes que par le passé pour l’essentiel des salariés, ne sont pas en situation de renouveler leurs biens d’équipement, électro-ménager ou automobile, ni de voyager, d’aller au cinéma ni au restaurant.

Pourtant, c’est encore une autre conséquence qu’il faut pointer, à forts enjeux sociaux, la dislocation des couples, divorce ou séparation. On sait que dans les grandes villes un couple sur deux prend cette décision dans les cinq années qui suivent sa formation. Les analyses font la part belle aux questions comportementales et sociologiques, l’infidélité, la facilité à faire des rencontres et à rompre le contrat juridique sans grands embarras depuis la simplification des procédures judiciaires. Les tensions financières n’apparaissent le plus souvent qu’au énième rang de l’étiologie. Nombre de ces analyses datent. Il s’ajoute que les déclarations des couples interrogés souffrent de plusieurs biais, liés à la pudeur ou au manque de conscience. Il est évident que la difficulté à faire face à des contraintes financières toujours plus lourdes pour devenir et rester propriétaire de son logement explique pour l’essentiel que les couples basculent du côté de la relation douloureuse, d’où le plaisir finit par s’absenter. L’arrivée d’un enfant ajoute souvent au problème économique celui de la promiscuité et de la suroccupation spatiale. À 90.000 euros la pièce supplémentaire à Paris, et encore 45 ou 50.000 dans d’autres grandes villes, trop de ménages sont assignés à résidence jusqu’à un âge avancé de l’enfant. 

Enfin, on ne parle pas non plus du destin immobilier de ceux qui sortent de l’union. Peu gardent les moyens de s’engager dans une nouvelle opération d’accession à la propriété, en tout cas séparément et avant de constituer un nouveau couple. Chacun vient grossir les rangs des candidats à la location. S’ils veulent de nouveau acquérir sans délai, c’est sur la localisation qu’ils devront faire des concessions et se replier vers les banlieues des grandes villes qu’ils habitaient auparavant. Sans compter que chaque membre du couple dissous doit retrouver un logement qui lui permette d’accueillir l’enfant, et par voie de conséquence ne peut véritablement profiter de son statut de personne seule, capable de limiter ses besoins d’espace. 

En outre, il est prouvé que les conséquences financières, et donc en termes de pouvoir d’achat logement, ne sont pas les mêmes pour les femmes et pour les hommes. Les premières perdent lors de la séparation près de 20% de leur solvabilité, et jusqu’à 27% lorsqu’elles travaillent à temps partiel, quand les seconds n’y abandonnent que 2,5% de leurs revenus. En somme, le déclassement en matière de logement qui suit une séparation, elle-même pour partie liée à la cherté du logement, ne peut être nié et il contribue à la ségrégation entre les deux sexes.

Décidément, on n’a pas fini de mesurer les conséquences de la hausse des prix de l’immobilier résidentiel sur les ménages et sur la vie des gens, des plus immédiates ou plus indirectes. Le phénomène fragilise en profondeur la société et ses acteurs. Pour cela, y trouver des remèdes est d’une urgence vitale.

 

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Source: Capital

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